(Billet d’humeur sous influence trash yéyé pour survivre à la maladie contagieuse )

 

En porte-à-faux entre deux pays qui ont adopté des stratégies très différentes face à une tempête qui semble tout vouloir emporter sur son passage et dont par dépit ou lassitude rageuse je tairai le nom, il n’est pas toujours facile de raisonner ni même d’avancer tout à fait sereinement…
Il y a d’un côté tous ces êtres chers confinés et inquiets dans un pays en guerre sanitaire qui attendent un ouragan viral (et passablement agacés par quelques spécimens qui défient bêtement leur finitude et celle des autres) et de l’autre côté, un pays où je vis et où l’on continue à vivre presque normalement, en quarantaine responsable (c’est comme cela que l’on dit). Un pays où un premier ministre rassurant mais sans sourire invite chacun à prendre ses responsabilités en attendant une grave crise qui en emportera sans doute certains mais qui les encourage aussi à tenir bon sur le pont car la société est forte et elle survivra…. (Bon, s’il le dit, ici on le croît sans problème enfin presque, sauf moi, sauf nous bien sûr, les irréductibles gaulois qui sommes de nature plus sceptique).

Alors, dans ces moments-là, j’ai mes petits remèdes à moi pour temporiser, prendre du recul et surmonter l’impossible dilemme et le sentiment d’impuissance qui bien souvent en découle.
N’étant ni une experte ni même en mesure de trancher entre ces deux solutions (mais qui le peut, à vrai dire ?), j’ai ma petite issue de secours (un peu lâche, certes je vous l’accorde) ! Ressortir les bons vieux classiques, ceux qui vous emmènent loin dans une époque (que je n’ai pas vraiment connue d’ailleurs, un avant meilleur en tout cas) où tout était simple et désinvolte, où l’on pouvait chanter des paroles sans queue ni tête (parfois même carrément  imbéciles) mais à tue-tête et dire yéyéééééée (vous voyez ?).
Dans ces moments-là, c’est ma petite arme secrète pour dégommer les problèmes insolubles, bien mieux qu’un crac boum hue, un casque sur mes oreilles (pour épargner celles un peu trop sensibles de mon ado de fille qui n’en peut plus) et larguer les amarres avec   …… (et oui à ce moment-là, je sens aussi en moi, comme un énorme sursaut de francitude exacerbé) France GALL, yeah et puis un rêve un peu fou aussi, … une chanteuse avec un nom de maladie contagieuse… Et si une contagion pouvait faire disparaître l’autre ?

Alors là c’est parti, entre les bébés requins, les filles en pantalons qui aiment les garçons aux cheveux longs et les anges du paradis qui trouveraient ce monde bien étrange s’ils descendaient jusqu’ici….. j’ai des visions tourbillonnantes surtout quand l’absurdité des textes devient presque descriptive dans une réalité devenue à son tour déraisonnable.
Et la chanteuse yéyé crie :
Moi, j’ai visité
La Polynésie
Et la Voie Lactée
J’ai vu des Sioux
Et des Papous

 

La voie lactée

Avec ces chansons tournoyantes dans mes oreilles grandes ouvertes, arpentant les rives d’un lac indécis (Anne, ma sœur Anne…. Sale cafard), éblouie par une lumière nordique assez singulière, on ne voit d’abord que la belle consistance d’une épaisse couche laiteuse, une sorte d´entre-deux douillet hors de toute considération morale, on finit même par avoir envie de s´y vautrer ou s´y engloutir, s´y perdre en attendant que ça passe parce ce que dans le fond, la solution personne ne l’a trouvée encore…
Lové dans cet espace originel cotonneux où il n’a pas l’air de se passer grand-chose (ça nous change de nos vie épileptiques comme dirait Sylvain ), on attend que l’improbable ne surgisse … Abracadabra !

La voie lactée n’a pourtant rien à voir avec de la magie, c’est même tout le contraire, un concentré de science. Elle a pourtant cela de bon qu’elle nous renvoie dans un océan immémorial informe où nous perdons tout repère et toute dimension humaine, l’infiniment grand contre l’infiniment petit, ça permet de relativiser ………et ça, dans la bataille d’opinions contradictoires humaines trop humaines qui fait rage en ce moment, ça repose !
Alors tel Héraclès suspendu au sein de sa mère nourricière, nous tétons assoiffé ce lait qui nous rendra peut-être immortel mais non, nous le savons tous, Hera finira par se réveiller, nous le savons tous et nous serons tous privés …. éternellement.


Les sioux


Alors, déçu(e) ou frustré(e), on regagne ses pénates, son pauvre petit abri d´humain qui ne protège plus de rien et on retrouve les siens (enfin la sienne, celle qui ne supporte pas les yéyés)  … et puis les autres aussi, en tout cas par médias interposés : la télé, la radio, les réseaux et là, ce sont les sioux qui se profilent….
Toutes les tribus y passent : Il y a ceux qui plus rusés prétendent que le grand Manitou connaît le chemin à prendre en cas de Mystère insondable et qu’il faut simplement le suivre et lui obéir, les autres qui s’en méfient et qui le défient allant jusqu’à lui voler son soleil ou son amulette, et l’empêcher d’agir. D’autres qui écoutent les débats et qui regardent les flèches voler sans rien comprendre, prêts à les intercepter pour éviter qu’elles ne rejoignent des cibles qui n’en sont plus vraiment et très vite, c’est le désordre et le non-sens.

De conseil en conseil, on se contredit, la situation se dégrade et même si les cow boys sont pourtant de plus en plus près, on n’en a même plus peur, on devient fataliste et on les attend….
Quelques villages ont déjà été décimés, on tente quelques sacrifices pour implorer les dieux de leur accorder un peu plus de temps, des prières qui hélas ne sauvent plus personne.
Les masques ont disparu, pillés par d’autres tribus, alors on peint son visage, change les motifs et les couleurs pour tenter d’inverser le cours des choses…
Tous aux abris, chacun dans son tipi, crie le grand chef tandis que les plus plus sages sont les plus touchés, sous le regard impuissant des plus jeunes et on attend …… l’attaque inéluctable des cow boys.

 

Et les papous


Dans la même galaxie, à quelques kilomètres, un autre peuple primitif et d’autres rites. Ici on ne pense pas aux cow boys, trop loin…. Alors on danse et chante encore, on pêche et on élève des porcs. Les tribus rivales sont parvenues à se mettre d’accord, ici on est plus consensuel, pas besoin de conseil de guerre …
Ici pas de grand chef ni de grand manitou, pas de hiérarchie. Ici c’est le groupe qui prime sur l’individu. Ici les chefs de clans dictent la loi que les membres du clan appliquent à la lettre.
Ici pas de coiffes ni de masques mais on perce ses cloisons nasales, on tatoue son corps et son visage pour partir en guerre. On se couvre de parures (croissant de nacre, coquillage, plumes ou fourrure) qui permettent même de séduire lors de cérémonies rituelles bien encadrées.

Mais ici on est aussi doté d’une grande connaissance du psychisme, on sait que confiner tout le monde dans son honai ce n’est pas la bonne solution, on préfère la solidarité et la responsabilité alors quand l’ennemi menaçant se rapproche, on invite les clans à se souder mais on n’en est pas moins fataliste, on sait que la mort attend chacun au bout du chemin.

et qu’il faudra attendre la putréfaction de milliers de corps pour mettre un terme à ce cauchemar.

Alors…
Dans ces cas-là, si comme moi, vous ne savez qui des sioux ou des papous a fait le bon choix, il reste encore une solution : Baby pop…

Chante, danse baby pop
Comme si demain baby pop
Ne devait jamais baby pop
Jamais revenir
Chante, danse baby pop
Comme si demain baby pop
Au petit matin baby pop
Tu devais mourir

 

Isabelle

 

PS : Le titre de mon post est largement influencé par la chanson de France Gall,

Mon bateau de nuit. A écouter sans modération sur Spotify, Deezer et autres plateformes musicales.

 

 

 

4 commentaires

  1. Wow, première fois que je lis quelqu’un qui pense comme moi dans cette situation : le cul entre les deux chaises que sont la France et la Suède. Deux pays avec une gestion de la crise diamétralement opposée mais aux mentalités et façon de vivre aussi diamétralement opposée. Ayant envie de faire confiance au gouvernement suédois mais avec cette rage gauloise qui naturellement remet en doute l’autorité, ne sachant pas vraiment qui croire…

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